Devant l’appartement d’Esméralda, le lendemain matin…
Des engins de démolitions sont stationnés dans le quartier.
Dans l’appartement d’Esméralda…
- Je n’arrive pas à croire à ce qui t’est arrivé, s’exclame Esméralda.
- Je sais pas, répond Simon. J’ai l’impression qu’il y a quelqu’un dans cet univers, qui prend un malin plaisir à me faire souffrir. C’est simple, je suis comme un aimant, qui attire les emmerdes.
Esméralda esquisse un sourire. Simon joue encore les pessimistes.
Simon et Esméralda sont assis par terre au centre du salon. L’appartement est vide de décoration. Il n’y a que des boîtes et cartons empilés les uns sur les autres. Une scène typique d’un déménagement.
Un paquet de livres d’ésotérisme est posé sur le sol : sur l’hypnose, la magie blanche, la sorcellerie Wicca. Il y a aussi plusieurs livres sur le cinéma et des scénarios de films.
Simon range les livres dans une caisse. Esméralda, une très jolie brunette, s’occupe d’une petite boîte remplie de flacons.
- Passe-moi la petite fiole, S.T.P., demande Esméralda.
Simon cherche autour de lui.
- À côté des scénarios.
- Ah, OK.
Simon jette un coup d’oeil sur l’inscription collée à la fiole. Mais il n’arrive pas à le déchiffrer.
- Qu’est-ce que c’est ?, demande-t-il.
- C’est un filtre magique pour avoir de l’inspiration.
- Ah, OK, dit-il en lui tendant la fiole. Et ça marche ?
- Bien sûr !
Esméralda enrobe la fiole d’un papier journal.
- De quoi on parlait ?, demande-t-elle.
- Ben, qu’il existe dans ce monde deux catégories de gens. Les “bénis” et les “pas bénis”. Moi, je suis largement dans les “pas bénis”. Je dois être le gars le plus “pas béni” de la planète. Il n’y a pas plus “pas béni” que moi, quoi.
Esméralda éclate de rire.
- Tu es un peu trop pessimiste, je crois. Tu sais. Le Karma est une énergie universelle. Nous sommes tous nés avec la même “quantité” de Karma. Ce sont nos actions qui vont plus ou moins transformer notre Karma en bon Karma ou en mauvais Karma.
Simon la fixe silencieusement. Puis…
- Je n’ai pas la moindre idée de ce que tu viens de me dire.
Esméralda comprend qu’elle doit être plus claire. Elle pose délicatement la fiole dans la boîte.
- Nous les sorcières Wicca, nous croyons à la force du Karma. Ce Karma peut-être bénéfique ou maléfique. Lorsqu’un individu fait une bonne action, alors il va attirer du bon Karma. Il va lui arriver de bonnes choses. Lorsqu’il fait une mauvaise action, il va attirer du mauvais Karma. Et il va lui arriver des mauvaises choses.
Simon réfléchit sur ce que son amie vient de dire.
- Donc, d’après ce que tu viens de dire, je dois être le pire des salauds pour m’attirer autant de mauvais Karma. C’est ça?
- Non, dit-elle d’un air gêné. Je pense que tu as une certaine… Prédisposition naturelle à croiser le chemin de la sphère du mauvais Karma.
- En Français, je suis un cas désespéré, soupire Simon.
- Non, “désespéré” serait un grand mot.
Puis quelque chose vient à l’esprit d’Esméralda.
- Mais, j’y pense. Je peux peut-être t’aider, continue-t-elle.
Esméralda se lève et disparaît dans sa chambre. Simon ne sait pas quoi penser. Généralement, quand Esméralda a quelque chose en tête, ce n’est jamais une bonne chose… pour lui.
Esméralda revient quelques secondes plus tard avec un gros grimoire à la main.
- Qu’est-ce que c’est ?, demande Simon.
Esméralda ne répond pas. Elle vient s’asseoir à côté de Simon, ouvre le grimoire et tourne frénétiquement les pages.
- Esméralda, qu’est-ce que tu…
- J’ai trouvé !, s’écrit Esméralda en s’arrêtant sur une page.
- Trouver quoi?
- “Sortilège pour attirer le Karma bienfaisant sur un individu”.
- Sortilège ? Tu veux me jeter un sort ?, demande Simon en esquissant un sourire.
- Pourquoi pas? Tu disais que tu en avais marre d’être malchanceux. Un peu de sorcellerie peut peut-être changer les choses.
Simon secoue légèrement la tête.
- Ne le prends pas mal, mais je ne suis pas trop… Je ne crois pas vraiment à tout ça.
- Je ne te demande pas de croire en la sorcellerie. Je te demande seulement de me faire confiance. Et puis, au point où tu en es. Aux grands maux, les grands remèdes.
Simon soupire.
- Oui. Au point où j’en suis. Pourquoi pas? Qu’est-ce que je dois faire?
Esméralda se relève.
- Debout!, ordonne Esméralda.
- Oui, madame.
Esméralda guide Simon vers le milieu du salon.
- OK. Tu te mets ici. Tu restes bien droit. Et, tu respires calmement.
- D’accord.
- Le plus important, Simon, c’est la confiance.
- D’accord.
- Tu dois me faire confiance.
- D’accord.
Esméralda parcourt son livre.
- Est-ce que tu es prêt ?, demande-t-elle.
- Oui. Enfin, je crois.
- Relax, ça ne fait pas mal.
- La dernière fois que tu as dit ça, tu m’as brûlé les cheveux.
Esméralda donne un coup sur l’épaule de Simon.
- C’était un accident ! Et je t’avais dit de ne pas bouger.
Simon se frotte l’épaule.
- Tiens, tu vois. On n’a même commencé que j’ai déjà mal.
- Simon, tu veux que je t’aide ou pas?
- Désolé. Je me tais.
Esméralda place sa main devant le visage de Simon. Elle respire profondément. Elle ferme les yeux.
Simon ne peut s’empêcher d’émettre un petit ricanement.
- Simon !
- Désolé. Désolé. Sincèrement.
Esméralda fixe Simon.
- Et… je ne ferrai plus de bêtise. Promis.
- Tu as intérêt. Maintenant, tu te tais et tu fermes les yeux.
- D’accord.
Simon se ressaisit. Esméralda prend une grande respiration. Puis avec un ton solennel.
- In nomine Khon Kheu Daï Boon Di Aktua Knocktacook Ticock Mi Boon Diao Ni!
Un silence.
Esméralda rouvre les yeux.
- C’est fait, dit-elle.
- C’est fait ?
- C’est fait.
- C’est tout ?
- C’est tout.
Simon regarde autour de lui.
- Ben, je m’attendais à voir des éclaires. Entendre le tonnerre. Je sais pas. Un peu plus d’effets spéciaux, quoi.
Esmaralda referme son grimoire en souriant.
- Cela n’arrive que dans les films, Simon.
- Et comment ça se passe ? Quand est-ce que les effets prennent… effet ?
- Généralement, les effets sont immédiats. Le plus important est que tu dois croire que les choses vont changer pour le meilleur. Compris ?
- Compris.
- Il faut vraiment y croire.
- D’accord.
Esméralda reste silencieuse.
- Je te le promets, Esméralda.
- Très bien.
Esméralda se tourne vers le tas de cartons.
- Par contre, il n’existe pas encore de formules magiques pour ranger mes affaires.
Le jeune couple éclate de rire et reprend le travail.
Dans la rue, en fin d’après-midi…
Esméralda ferme les portières arrière de la camionnette.
- Voilà, une chose de faite, dit Esméralda.
Esméralda et Simon se tapent fièrement la main.
- Alors, comme ça, tu m’abandonnes pour l’Allemagne sous prétexte que Mademoiselle a trouvé un rôle dans une série. D’ailleurs, c’est quelle série ?
- “Die Kriegerischen vom Unbekannten” en Français “Les Guerriers de l’inconnu”.
- Ah, oui. “Die Kriegerischen fon machin”. Je me souviens, maintenant. Une série d’espionnage, c’est ça ?
Un grand sourire se dessine sur le visage d’Esméralda.
- Ouiiii ! Je joue le rôle d’agent spécial Déborah Krieg. Je suis vraiment excitée. Je vais bien m’amuser. Tu te rends compte ? Mon premier grand rôle.
- Tu l’as bien mérité. Cela va taire pas mal de monde, qui disait que tu n’y arriverais pas. J’espère seulement qu’une fois que tu travailleras avec les célébrités d’Hollywood, tu ne m’oublieras pas.
- Comment je pourrais t’oublier ?
Le couple s’échange un sourire tendre. Seulement interrompu par des grondements d’un moteur qui démarre. De l’autre côté de la rue, des techniciens sont en train de faire descendre un bulldozer d’une remorque.
- Pourquoi il y a autant de camions et de bulldozers ?
- Ils vont détruire tous les appartements dans les prochains jours. Ils vont tout raser pour construire un centre commercial. Un groupe chinois ou japonais a racheté tout le quartier, je crois.
- C’était une bonne idée de déménager, alors.
- Oui, la série tombait à point. Sinon je serais devenue une SDF.
- Mais non, je t’aurais prise.
Esméralda fixe Simon, ne sachant quoi dire. Simon comprend le malaise.
- Chez moi. Je t’aurai prise chez moi. Je t’aurais laissée dormir chez moi. C’est ce que je voulais dire. En attendant de trouver un autre appartement.
Esméralda sourit.
- Tu vas me manquer, dit-elle d’une voix douce.
- Tu vas me manquer plus.
Simon et Esméralda se regardent silencieusement. Chacun attendant quelque chose de l’autre.
- Remarque, Bladen-Braden n’est pas si loin que ça.
- C’est Baden-Baden, truc muche! D’ailleurs, je ferrai mieux d’y aller, sinon je ne serai jamais prête pour les répétitions de lundi.
Esméralda démarre le véhicule. Elle tend un papier à Simon.
- Mon numéro fixe, ainsi que le portable. Ma nouvelle adresse. Et, l’adresse e-mail. Voilà, si, avec ça, tu ne donnes pas de nouvelles, je te tue.
- D’accord, garder contact avec toi sous peine de mort atroce. J’ai compris.
Simon range le papier.
- Tu fais attention à toi, OK?, dit-il.
- Et toi, ne fais pas trop de bêtises.
- Oh, tu sais. Je n’ai pas vraiment besoin de faire de bêtises. Elles me tombent dessus naturellement.
- Plus maintenant, dit-elle en souriant.
Esméralda pause sa main sur le visage de Simon. Simon sourit, puis ferme la portière. Simon regarde la camionnette partir.
Au garage, plus tard dans la journée…
Un petit garage de quartier. Simon discute avec le garagiste en face de sa New Beatle.
- Vous avez de la chance, dit le garagiste. C’était rien de grave. Un fil mal branché.
- Donc, ça ne devrait pas me coûter trop cher, n’est-ce pas ?
- Normalement, je devrais vous charger la main d’oeuvre de…
Le garagiste regarde son poignet dépourvu de montre.
- Dix-neuf secondes. Mais, si vous m’offrez une bière, je vous le fais gratos.
Simon esquisse un sourire.
- Ce sera avec grand plaisir.
Simon lui serre la main. Le garagiste lui donne les clefs.
À côté de Simon, un autre client, Martin, discute avec un mécano.
- Plus de trois mille euros de réparation ?!, s’écrit Martin. Mais tout ce que je voulais c’était un changement d’huile!
- Oh, là, Monsieur, répond le mécano. Nous avons trouvé des choses pas très “cathodiques” dans votre machine. Venez avec moi parce que vous aurez besoin de vous asseoir. Tout d’abord…
Le mécanicien se lance à une explication très colorée.
Simon quitte le garage dans sa voiture, le sourire au visage.