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Chapitre 1

Le vol CC-112, dans la journée…

L’avion se remplit peu à peu. Les passagers du vol CC-112 commencent à s’installer tranquillement.

Une jolie hôtesse de l’air indique le chemin à un jeune couple. Une mère ordonne sèchement à ses enfants de ne pas courir dans tous les sens. Un homme d’affaires, visiblement agacé par les enfants turbulents, essaie de se concentrer sur ce qu’il tapait sur son ordinateur portable. Une femme rassure son compagnon accroché à son siège, le visage dégoulinant de sueur. Un autre passager est en train de ronfler paisiblement. Sa voisine ne cache pas son agacement.

Parmi les passagers recherchant leur siège, il y a Mme Blanchard, la soixantaine d’années. Elle est le sosie parfait de la reine d’Angleterre, au niveau de la prestance, de sa coiffure et de sa tenue vestimentaire. La grande différence est que Mme Blanchard a un visage beaucoup plus accueillant. Son regard rassurant faisait d’elle une grand-mère idéale.

Mme Blanchard scrute les numéros des sièges en comparant avec son billet d’avion.

- 27-E. 28-E. 29-E. Ah ! C’est ici que je m’assois, se dit-elle.

Mme Blanchard s’installe confortablement. Elle met sa ceinture de sécurité. Elle place son sac à main sur ses genoux. Elle sort un livre de poche, ainsi qu’une petite paire de lunettes, la place sur son nez, l’ajuste un peu, et se plonge dans sa lecture. Mais son attention est peu à peu portée vers son voisin.

Mme Blanchard découvre Simon Leukis, 25 ans, affalé sur son siège. D’une carrure assez maigre, en tenue veston cravate grise, il a l’air de s’être juste levé après une longue nuit passée à faire la fête. Mal rasé, mal coiffé, mal habillé, bref, mal réveillé. Les cernes sous les yeux. Le regard perdu dans le vide.

Mme Blanchard observe silencieusement le jeune homme. Puis, réalisant qu’il ne réagit pas à ce qui se passe autour de lui, elle décide d’entamer une conversation.

- Je prends l’avion plusieurs fois dans l’année. Mais à chaque fois, je suis toujours aussi nerveuse. Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai simplement peur de l’avion.

Simon ne bronche pas d’un poil.

- Je suis bien obligé de voler, continue-t-elle. C’est le seul moyen de voir mes petits-enfants. Je n’ai pas de permis. Je n’ai personne pour m’emmener en Allemagne. Et le train me rend malade. Vous allez penser que je suis difficile !

Mme Blanchard finit par un petit rire de grand-mère.

Le jeune homme se tourne finalement vers elle.

- Vous n’avez aucune raison d’avoir peur de ce vol, Madame. Je peux vous garantir que l’avion arrivera à bon port, affirme Simon avec un étrange air déçu.

- J’aimerais avoir votre assurance. J’utilise une méthode infaillible pour éliminer mon stress. Je lit souvent durant le vol. J’emporte aussi avec moi des jeux. Des mots croisés, des casse-tête, et même…

Mme Blanchard fouille dans son sac à main. Elle sort…

-… Des tickets à gratter !, annonce-t-elle fièrement.

Le jeune homme esquissa un sourire à la vu des billets de Tac O Tac.

Mme Blanchard utilise une pièce de monnaie pour gratter. Le résultat s’affiche, et…

- Doux Jésus, Marie, Josèphe ! J’ai gagné ! Regardez !, s’exclame-t-elle en plaçant le ticket à deux centimètres du nez de Simon. 10 euros ! C’est la première fois que je gagne autant. C’est peut-être mon jour de chance.

Le visage du jeune homme s’assombrit en entendant la fin de la phrase.

Mme Blanchard ne manque pas de remarquer ce changement d’expression. Elle lui tend gentiment un autre ticket de Tac O Tac.

- Il semblerait que vous ayez besoin d’un peu de chance dans votre vie, dit-elle en souriant.

- Un peu de chance ?, soupire Simon.

Il finit par prendre le ticket. Le fixe. Impassible. Mme Blanchard lui tend une pièce. Il la prend et commence à gratter.

Mme Blanchard a les yeux rivés sur la case des résultats, qui se révèle peu à peu. Son visage s’illumine en découvrant trois images représentant lune TV.

- Mon Dieu, c’est incroyable ! Vous rendez-vous compte ce que cela signifie?, demande Mme Blanchard, toute excitée.

- Que c’est un ticket gagnant ?

- Mieux que cela, mon cher ami. Vous pouvez gagner jusqu’à deux mille d’euros à vie en jouant à la TV. C’est-à-dire que tous les mois, vous allez recevoir deux mille euros jusqu’à la fin de vos jours.

- Génial, se dit Simon, peu enthousiaste. Tenez.

Le jeune homme tend le ticket gagnant à Mme Blanchard.

- Ce ticket vous appartient, continue-t-il.

Mme Blanchard a le souffle coupé.

- Mais, Monsieur…

- Simon.

- Mr Simon, je ne…

- Non, Simon est mon prénom. Simon Leukis. Appelez-moi Simon.

- Simon, je ne sais que dire. Ce ticket est à vous. Je vous l’ai donné.

- Je pense que vous ferrez un meilleur usage des gains. Les petits enfants adorent que leur grand-mère leur apporte des cadeaux.

- Je vous remercie infiniment, Simon.

- Tout le plaisir est pour moi, dit-il en regardant autour de lui.

- Vous recherchez quelque chose, Simon ?

Simon ne fait pas attention à Mme Blanchard. Il inspecte les passagers du regard.

Lorsqu’un bruit attire l’attention de tout le monde.

Un passager, un bonhomme assez large, se tord de douleur en suffoquant.

- Chéri. Chéri! Mais qu’est-ce que tu as ?, crie sa compagne hystérique. À l’aide! Au secours!

Simon bondit de son siège. Bouscule légèrement Mme Blanchard.

- Excusez-moi, Madame.

Simon se précipite vers le malheureux. Il découvre un morceau de sandwich sur le sol.

- Il a avalé de travers !, affirme Simon.

Aussitôt, Simon applique la méthode de sauvetage de Heimlich. Simon se place derrière l’homme, positionne péniblement ses bras autour de lui. Décidément, le bonhomme est bien plus gros que Simon ne l’aurait pensé. En utilisant toute sa force, Simon tire l’homme vers lui plusieurs fois.

Au bout du troisième coup, l’homme recrache le morceau de sandwich. Il est sauvé. Tout le monde reprend sa respiration. Surtout le rescapé. Il tombe à genou. Sa femme se précipite pour le prendre dans ses bras.

- Bébé, j’ai eu tellement peur. Tu vas bien?

- Oui, je crois, répond l’homme en reprenant son souffle. Tu me sers trop fort, Chéri.

L’homme se tourne vers Simon.

- Merci, Monsieur. Merci beaucoup, dit-il essoufflé.

- Pas de quoi.

Des infirmières arrivent pour s’occuper du bonhomme. Rassuré, Simon regagne sa place.

Mme Blanchard est toute choquée par ce qui vient de se passer.

- Heureusement que vous étiez là. Il aurait pu mourir le pauvre. Mon Dieu, mourir à cause d’un morceau de pain. Quelle malchance cela aurait été.

- Cela ne m’aurait pas dérangé, moi. La malchance, se dit Simon en finissant de s’installer.

- Quel étrange souhait, remarque Mme Blanchard.

Simon réalise qu’il a parlé trop fort.

- C’est une longue histoire, Madame.

Mme Blanchard fixe Simon. Ce dernier se rend compte que sa voisine veut en savoir plus.

- Je ne voudrais pas vous ennuyer.

- Oh, mais pas du tout. De plus, j’aime discuter durant le trajet. Le temps passe plus rapidement et j’en oublie même ma peur de voler.

- C’est une histoire difficile à croire.

- C’est une bonne chose, car j’aime les histoires incroyables.

Simon esquisse un sourire.

- Alors, vous ne serez pas déçue.

Simon prend une grande respiration.

- Tout a commencé, continue-t-il, par un… par un rêve.